Saturday, October 14, 2006

Special Londres

© Joël Vacheron

CRAZY TITCH

C’est dans sa voiture garée à côté du cinéma multiplexe de Stratford, East London, que Crazy Titch, accompagné deux membres de son crew des Boyz in Da Hood, à décider de fixer notre rencontre. Casquette de baseball, trainings et habitacle enfumé, le décor est planté pour parler du grime, dernier courant issu de la street culture londonienne. Vivant dans un immeuble social à deux pas de là, il indique d’emblée être un produit de cet environnement suburbain où il a passé toute sa vie et qui constitue la source unique de son inspiration.

Comme la majorité des MC’s de cette scène, la carrière de Crazy Titch est marquée par la précocité. Agé de 22 ans, cela fait déjà près de dix qu’il a commencé à formuler ses premières rhymes, influencé principalement par les émissions de drum’n’bass et de UK garage diffusées sur les radios pirates, ainsi que par les conseils avisés de son demi-frêre plus âgé, le rapper Duurty Goodz.. Il a par la suite accumulé les sessions radios puis les raves aux quatre coins de la ville pour faire grossir son nom.

S’il semble promouvoir consciemment le style « ghetto » qui colle à cette scène, il en va tout autrement de son discours.
Ainsi, il refuse d’utiliser le terme grime, littéralement la crasse, pour qualifier ce courant. Pour lui, il a toujours fait du garage et il ne voit par pourquoi il devrait associe ce qu’il fait à de la saleté. S’il reconnaît que dans les soirées certains MC’s sont facilement amenés à dire n’importe quoi, la situation est en train de changer. Ainsi, lors de sa dernière tournée anglaise il a quitté pour la première fois le circuit des raves pour se produire exclusivement dans des salles de concerts. Cette position inédite où un public éclectique et familial paie, s’assoit et l’écoute fut une expérience profondément marquante qui à renforcer son énergie pour travailler son écriture.

Il a conscience que les kids attachent plus d’importance aux paroles des MC’s qu’aux recommandations de leurs parents. C’est pourquoi, il souhaite contribuer à jouer un rôle éducatif en évoquant ce qu’il a vu et ce qu’il a fait tout en insistant l’importance d’aller à l’école et d’obtenir des qualifications Un discours de grand frère responsable qui prend un sens particulier quand on sait que, délester de son pseudonyme, Carl Nathaniel a été condamné à l’âge de 16 ans à passer deux ans et demi de réclusion. Il est convaincu que cette année sera faite de voyage, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

ESKA MTUNGWAZI

Dans son appartement aux couleurs vives de son bel appartement, la chanteuse Eska est rayonnante pour évoquer l’heureuse orientation qu’a prise sa carrière ces derniers mois. Originaire du Zimbabwe, elle a grandit dans le Sud Est de Londres et, assez curieusement, relève que sa destinée musicale doit beaucoup aux politiques sociales britanniques.

En effet, comme beaucoup d’enfants de sa génération, elle a pu suivre gratuitement des cours de violon et de piano durant toute sa scolarité. Selon elle ces subventions, progressivement démantelées par le gouvernement Tatcher, ont joué un rôle primordial pour ancrer une solide culture musicale au sein des classes populaires.

A ce titre, elle est intarissable lorsqu’elle évoque l’incroyable richesse de la scène jazz et soul londonienne dans laquelle elle a évolué toutes ces dernière années. A l’instar de Michael Olatuja, qui signe la musique de « The Call », cette scène regorge d’artistes talentueux qui restent bien souvent cantonnés aux circuits des jams sessions et de l’autoproduction. Cette distance méfiante vis-à-vis du mainstream et de l’industrie musicale a permis de constituer un biotope qui constitue selon elle, l’authentique underground musical de la ville.

Bien que son background soit essentiellement jazz et soul, son aptitude à marier sa voix à des registres très variés lui a valu d’être invitée à de nombreux projets. Elle a ainsi pu collaborer avec des musiciens aussi divers que Courtney Pine, Lewis Taylor, Damon Albarn, New Sector Movement, ou Nitin Sawhney. Tous s’accordant pour lui reconnaître un talent et un potentiel hors du commun. Cependant, elle concède qu’il lui a fallu pas mal d’années pour acquérir suffisamment de confiance et pour s’entourer des bonnes personnes afin de se lancer en solo.

A ce titre, elle est reconnaissante au rapper de Brixton Ty qui lui a rendu l’inestimable service de lui proposer une place privilégiée dans les concerts qui suivirent la sortie de son album l’an passé. Avec ses sublimes improvisations sur «Look For Me », Eska mettaient inévitablement en état choc quiconque se trouvait dans la salle. Les contrecoups ne tardèrent d’ailleurs pas à se faire ressentir. Invitée à faire sa première apparition solo officielle lors du festival Straight no Chaser au Jazz Café en avril 2004, elle y fit un tabac et fut propulsée au statut de nouvelle diva de la soul anglaise. La machine semble bien lancée et Eska compte bien rester fermement accrochée aux commandes.

Son premier album live « Wishing You Away » doit sortir en avril ou mai prochain. Pour la suite, on n’en sait pas plus car Eska tient à conserver encore le secret. Reste que ses yeux rêveurs laissent présumer du meilleur.



RAS KWAME

Si l’expression « bling bling » est généralement utilisée pour exprimer l’attitude ostentatoire et frimeuse adoptée dans le milieu hip hop. Concernant Ras Kwame, il serait plus approprié d’utiliser la formule « dring dring », tant la sonnerie de son téléphone semble être devenue une partie intégrante de sa personnalité.

De retour à Londres au début des 90’s, après huit ans passé au Gahna, Ras Kwame s’est aussitôt immergé dans le magma musical londonien. Initialement connu en tant que Dj de reggae et de funk, il a été progressivement ammené à démultiplier ses activités. Producteur de UK garage, propriétaire d’un magasin de disques, fondateur de labels, promoteurs de soirées ou encore animateur de shows télévisés, Ras Kwame s’est imposé comme une des personnalité marquante du paysage musical britannique actuel.

A tel point que depuis février, il a été invité par BBC Radio 1 à intégrer le trio d’animateurs qui a la périlleuse mission de reprendre la tranche horaire, et le vide cruel, laissé après la disparition du monumental John Peel.

En effet, c’est grâce surtout à son émission radio « 100% homegrown » sur BBC 1xtra que Ras a confirmé son statut de tastemaker influent. Sa programmation est un relais institutionnel des radios pirates londoniennes et constitue depuis quelques années une plateforme de référence pour la découverte et la promotion des jeunes talents UK. Ras Kwame y propose un line up hétéroclite répondant aux attentes d’un public pointu mais cependant rarement cantonné à un seul style musical.

Selon lui, Londres à cette exceptionnelle singularité qu’il existe une véritable porosité entre les différentes scènes. Les londoniens sont ainsi familiers de cet environnement musical hétéroclite et restent particulièrement réceptifs aux différentes sonorités qui rythment la ville.

Dans le même temps, il remarque que la jeune génération d’artistes et profondément rattachée aux valeurs et aux manières traditionnelles anglaises. Prenant l’exemple du grime, ce courant est composé de trop d’influences pour être réduit à un style ou à un message particulier. Ainsi, s’il fallait ressortir un aspect central, ce serait qu’il exprime musicalement une manière d’être un citoyen britannique en 2005.

C’est cette foi dans le pouvoir intégrateur de la musique qui semble donner son exceptionnelle énergie à Ras et il reste confiant en l’avenir, Jah est à ses côtés.

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