Saturday, October 14, 2006

Special Londres

© Joël Vacheron

CRAZY TITCH

C’est dans sa voiture garée à côté du cinéma multiplexe de Stratford, East London, que Crazy Titch, accompagné deux membres de son crew des Boyz in Da Hood, à décider de fixer notre rencontre. Casquette de baseball, trainings et habitacle enfumé, le décor est planté pour parler du grime, dernier courant issu de la street culture londonienne. Vivant dans un immeuble social à deux pas de là, il indique d’emblée être un produit de cet environnement suburbain où il a passé toute sa vie et qui constitue la source unique de son inspiration.

Comme la majorité des MC’s de cette scène, la carrière de Crazy Titch est marquée par la précocité. Agé de 22 ans, cela fait déjà près de dix qu’il a commencé à formuler ses premières rhymes, influencé principalement par les émissions de drum’n’bass et de UK garage diffusées sur les radios pirates, ainsi que par les conseils avisés de son demi-frêre plus âgé, le rapper Duurty Goodz.. Il a par la suite accumulé les sessions radios puis les raves aux quatre coins de la ville pour faire grossir son nom.

S’il semble promouvoir consciemment le style « ghetto » qui colle à cette scène, il en va tout autrement de son discours.
Ainsi, il refuse d’utiliser le terme grime, littéralement la crasse, pour qualifier ce courant. Pour lui, il a toujours fait du garage et il ne voit par pourquoi il devrait associe ce qu’il fait à de la saleté. S’il reconnaît que dans les soirées certains MC’s sont facilement amenés à dire n’importe quoi, la situation est en train de changer. Ainsi, lors de sa dernière tournée anglaise il a quitté pour la première fois le circuit des raves pour se produire exclusivement dans des salles de concerts. Cette position inédite où un public éclectique et familial paie, s’assoit et l’écoute fut une expérience profondément marquante qui à renforcer son énergie pour travailler son écriture.

Il a conscience que les kids attachent plus d’importance aux paroles des MC’s qu’aux recommandations de leurs parents. C’est pourquoi, il souhaite contribuer à jouer un rôle éducatif en évoquant ce qu’il a vu et ce qu’il a fait tout en insistant l’importance d’aller à l’école et d’obtenir des qualifications Un discours de grand frère responsable qui prend un sens particulier quand on sait que, délester de son pseudonyme, Carl Nathaniel a été condamné à l’âge de 16 ans à passer deux ans et demi de réclusion. Il est convaincu que cette année sera faite de voyage, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

ESKA MTUNGWAZI

Dans son appartement aux couleurs vives de son bel appartement, la chanteuse Eska est rayonnante pour évoquer l’heureuse orientation qu’a prise sa carrière ces derniers mois. Originaire du Zimbabwe, elle a grandit dans le Sud Est de Londres et, assez curieusement, relève que sa destinée musicale doit beaucoup aux politiques sociales britanniques.

En effet, comme beaucoup d’enfants de sa génération, elle a pu suivre gratuitement des cours de violon et de piano durant toute sa scolarité. Selon elle ces subventions, progressivement démantelées par le gouvernement Tatcher, ont joué un rôle primordial pour ancrer une solide culture musicale au sein des classes populaires.

A ce titre, elle est intarissable lorsqu’elle évoque l’incroyable richesse de la scène jazz et soul londonienne dans laquelle elle a évolué toutes ces dernière années. A l’instar de Michael Olatuja, qui signe la musique de « The Call », cette scène regorge d’artistes talentueux qui restent bien souvent cantonnés aux circuits des jams sessions et de l’autoproduction. Cette distance méfiante vis-à-vis du mainstream et de l’industrie musicale a permis de constituer un biotope qui constitue selon elle, l’authentique underground musical de la ville.

Bien que son background soit essentiellement jazz et soul, son aptitude à marier sa voix à des registres très variés lui a valu d’être invitée à de nombreux projets. Elle a ainsi pu collaborer avec des musiciens aussi divers que Courtney Pine, Lewis Taylor, Damon Albarn, New Sector Movement, ou Nitin Sawhney. Tous s’accordant pour lui reconnaître un talent et un potentiel hors du commun. Cependant, elle concède qu’il lui a fallu pas mal d’années pour acquérir suffisamment de confiance et pour s’entourer des bonnes personnes afin de se lancer en solo.

A ce titre, elle est reconnaissante au rapper de Brixton Ty qui lui a rendu l’inestimable service de lui proposer une place privilégiée dans les concerts qui suivirent la sortie de son album l’an passé. Avec ses sublimes improvisations sur «Look For Me », Eska mettaient inévitablement en état choc quiconque se trouvait dans la salle. Les contrecoups ne tardèrent d’ailleurs pas à se faire ressentir. Invitée à faire sa première apparition solo officielle lors du festival Straight no Chaser au Jazz Café en avril 2004, elle y fit un tabac et fut propulsée au statut de nouvelle diva de la soul anglaise. La machine semble bien lancée et Eska compte bien rester fermement accrochée aux commandes.

Son premier album live « Wishing You Away » doit sortir en avril ou mai prochain. Pour la suite, on n’en sait pas plus car Eska tient à conserver encore le secret. Reste que ses yeux rêveurs laissent présumer du meilleur.



RAS KWAME

Si l’expression « bling bling » est généralement utilisée pour exprimer l’attitude ostentatoire et frimeuse adoptée dans le milieu hip hop. Concernant Ras Kwame, il serait plus approprié d’utiliser la formule « dring dring », tant la sonnerie de son téléphone semble être devenue une partie intégrante de sa personnalité.

De retour à Londres au début des 90’s, après huit ans passé au Gahna, Ras Kwame s’est aussitôt immergé dans le magma musical londonien. Initialement connu en tant que Dj de reggae et de funk, il a été progressivement ammené à démultiplier ses activités. Producteur de UK garage, propriétaire d’un magasin de disques, fondateur de labels, promoteurs de soirées ou encore animateur de shows télévisés, Ras Kwame s’est imposé comme une des personnalité marquante du paysage musical britannique actuel.

A tel point que depuis février, il a été invité par BBC Radio 1 à intégrer le trio d’animateurs qui a la périlleuse mission de reprendre la tranche horaire, et le vide cruel, laissé après la disparition du monumental John Peel.

En effet, c’est grâce surtout à son émission radio « 100% homegrown » sur BBC 1xtra que Ras a confirmé son statut de tastemaker influent. Sa programmation est un relais institutionnel des radios pirates londoniennes et constitue depuis quelques années une plateforme de référence pour la découverte et la promotion des jeunes talents UK. Ras Kwame y propose un line up hétéroclite répondant aux attentes d’un public pointu mais cependant rarement cantonné à un seul style musical.

Selon lui, Londres à cette exceptionnelle singularité qu’il existe une véritable porosité entre les différentes scènes. Les londoniens sont ainsi familiers de cet environnement musical hétéroclite et restent particulièrement réceptifs aux différentes sonorités qui rythment la ville.

Dans le même temps, il remarque que la jeune génération d’artistes et profondément rattachée aux valeurs et aux manières traditionnelles anglaises. Prenant l’exemple du grime, ce courant est composé de trop d’influences pour être réduit à un style ou à un message particulier. Ainsi, s’il fallait ressortir un aspect central, ce serait qu’il exprime musicalement une manière d’être un citoyen britannique en 2005.

C’est cette foi dans le pouvoir intégrateur de la musique qui semble donner son exceptionnelle énergie à Ras et il reste confiant en l’avenir, Jah est à ses côtés.

Special Londres

© Joël Vacheron

CRAZY TITCH

C’est dans sa voiture garée à côté du cinéma multiplexe de Stratford, East London, que Crazy Titch, accompagné deux membres de son crew des Boyz in Da Hood, à décider de fixer notre rencontre. Casquette de baseball, trainings et habitacle enfumé, le décor est planté pour parler du grime, dernier courant issu de la street culture londonienne. Vivant dans un immeuble social à deux pas de là, il indique d’emblée être un produit de cet environnement suburbain où il a passé toute sa vie et qui constitue la source unique de son inspiration.

Comme la majorité des MC’s de cette scène, la carrière de Crazy Titch est marquée par la précocité. Agé de 22 ans, cela fait déjà près de dix qu’il a commencé à formuler ses premières rhymes, influencé principalement par les émissions de drum’n’bass et de UK garage diffusées sur les radios pirates, ainsi que par les conseils avisés de son demi-frêre plus âgé, le rapper Duurty Goodz.. Il a par la suite accumulé les sessions radios puis les raves aux quatre coins de la ville pour faire grossir son nom.

S’il semble promouvoir consciemment le style « ghetto » qui colle à cette scène, il en va tout autrement de son discours.
Ainsi, il refuse d’utiliser le terme grime, littéralement la crasse, pour qualifier ce courant. Pour lui, il a toujours fait du garage et il ne voit par pourquoi il devrait associe ce qu’il fait à de la saleté. S’il reconnaît que dans les soirées certains MC’s sont facilement amenés à dire n’importe quoi, la situation est en train de changer. Ainsi, lors de sa dernière tournée anglaise il a quitté pour la première fois le circuit des raves pour se produire exclusivement dans des salles de concerts. Cette position inédite où un public éclectique et familial paie, s’assoit et l’écoute fut une expérience profondément marquante qui à renforcer son énergie pour travailler son écriture.

Il a conscience que les kids attachent plus d’importance aux paroles des MC’s qu’aux recommandations de leurs parents. C’est pourquoi, il souhaite contribuer à jouer un rôle éducatif en évoquant ce qu’il a vu et ce qu’il a fait tout en insistant l’importance d’aller à l’école et d’obtenir des qualifications Un discours de grand frère responsable qui prend un sens particulier quand on sait que, délester de son pseudonyme, Carl Nathaniel a été condamné à l’âge de 16 ans à passer deux ans et demi de réclusion. Il est convaincu que cette année sera faite de voyage, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

ESKA MTUNGWAZI

Dans son appartement aux couleurs vives de son bel appartement, la chanteuse Eska est rayonnante pour évoquer l’heureuse orientation qu’a prise sa carrière ces derniers mois. Originaire du Zimbabwe, elle a grandit dans le Sud Est de Londres et, assez curieusement, relève que sa destinée musicale doit beaucoup aux politiques sociales britanniques.

En effet, comme beaucoup d’enfants de sa génération, elle a pu suivre gratuitement des cours de violon et de piano durant toute sa scolarité. Selon elle ces subventions, progressivement démantelées par le gouvernement Tatcher, ont joué un rôle primordial pour ancrer une solide culture musicale au sein des classes populaires.

A ce titre, elle est intarissable lorsqu’elle évoque l’incroyable richesse de la scène jazz et soul londonienne dans laquelle elle a évolué toutes ces dernière années. A l’instar de Michael Olatuja, qui signe la musique de « The Call », cette scène regorge d’artistes talentueux qui restent bien souvent cantonnés aux circuits des jams sessions et de l’autoproduction. Cette distance méfiante vis-à-vis du mainstream et de l’industrie musicale a permis de constituer un biotope qui constitue selon elle, l’authentique underground musical de la ville.

Bien que son background soit essentiellement jazz et soul, son aptitude à marier sa voix à des registres très variés lui a valu d’être invitée à de nombreux projets. Elle a ainsi pu collaborer avec des musiciens aussi divers que Courtney Pine, Lewis Taylor, Damon Albarn, New Sector Movement, ou Nitin Sawhney. Tous s’accordant pour lui reconnaître un talent et un potentiel hors du commun. Cependant, elle concède qu’il lui a fallu pas mal d’années pour acquérir suffisamment de confiance et pour s’entourer des bonnes personnes afin de se lancer en solo.

A ce titre, elle est reconnaissante au rapper de Brixton Ty qui lui a rendu l’inestimable service de lui proposer une place privilégiée dans les concerts qui suivirent la sortie de son album l’an passé. Avec ses sublimes improvisations sur «Look For Me », Eska mettaient inévitablement en état choc quiconque se trouvait dans la salle. Les contrecoups ne tardèrent d’ailleurs pas à se faire ressentir. Invitée à faire sa première apparition solo officielle lors du festival Straight no Chaser au Jazz Café en avril 2004, elle y fit un tabac et fut propulsée au statut de nouvelle diva de la soul anglaise. La machine semble bien lancée et Eska compte bien rester fermement accrochée aux commandes.

Son premier album live « Wishing You Away » doit sortir en avril ou mai prochain. Pour la suite, on n’en sait pas plus car Eska tient à conserver encore le secret. Reste que ses yeux rêveurs laissent présumer du meilleur.



RAS KWAME

Si l’expression « bling bling » est généralement utilisée pour exprimer l’attitude ostentatoire et frimeuse adoptée dans le milieu hip hop. Concernant Ras Kwame, il serait plus approprié d’utiliser la formule « dring dring », tant la sonnerie de son téléphone semble être devenue une partie intégrante de sa personnalité.

De retour à Londres au début des 90’s, après huit ans passé au Gahna, Ras Kwame s’est aussitôt immergé dans le magma musical londonien. Initialement connu en tant que Dj de reggae et de funk, il a été progressivement ammené à démultiplier ses activités. Producteur de UK garage, propriétaire d’un magasin de disques, fondateur de labels, promoteurs de soirées ou encore animateur de shows télévisés, Ras Kwame s’est imposé comme une des personnalité marquante du paysage musical britannique actuel.

A tel point que depuis février, il a été invité par BBC Radio 1 à intégrer le trio d’animateurs qui a la périlleuse mission de reprendre la tranche horaire, et le vide cruel, laissé après la disparition du monumental John Peel.

En effet, c’est grâce surtout à son émission radio « 100% homegrown » sur BBC 1xtra que Ras a confirmé son statut de tastemaker influent. Sa programmation est un relais institutionnel des radios pirates londoniennes et constitue depuis quelques années une plateforme de référence pour la découverte et la promotion des jeunes talents UK. Ras Kwame y propose un line up hétéroclite répondant aux attentes d’un public pointu mais cependant rarement cantonné à un seul style musical.

Selon lui, Londres à cette exceptionnelle singularité qu’il existe une véritable porosité entre les différentes scènes. Les londoniens sont ainsi familiers de cet environnement musical hétéroclite et restent particulièrement réceptifs aux différentes sonorités qui rythment la ville.

Dans le même temps, il remarque que la jeune génération d’artistes et profondément rattachée aux valeurs et aux manières traditionnelles anglaises. Prenant l’exemple du grime, ce courant est composé de trop d’influences pour être réduit à un style ou à un message particulier. Ainsi, s’il fallait ressortir un aspect central, ce serait qu’il exprime musicalement une manière d’être un citoyen britannique en 2005.

C’est cette foi dans le pouvoir intégrateur de la musique qui semble donner son exceptionnelle énergie à Ras et il reste confiant en l’avenir, Jah est à ses côtés.

Special Londres

© Joël Vacheron

CRAZY TITCH

C’est dans sa voiture garée à côté du cinéma multiplexe de Stratford, East London, que Crazy Titch, accompagné deux membres de son crew des Boyz in Da Hood, à décider de fixer notre rencontre. Casquette de baseball, trainings et habitacle enfumé, le décor est planté pour parler du grime, dernier courant issu de la street culture londonienne. Vivant dans un immeuble social à deux pas de là, il indique d’emblée être un produit de cet environnement suburbain où il a passé toute sa vie et qui constitue la source unique de son inspiration.

Comme la majorité des MC’s de cette scène, la carrière de Crazy Titch est marquée par la précocité. Agé de 22 ans, cela fait déjà près de dix qu’il a commencé à formuler ses premières rhymes, influencé principalement par les émissions de drum’n’bass et de UK garage diffusées sur les radios pirates, ainsi que par les conseils avisés de son demi-frêre plus âgé, le rapper Duurty Goodz.. Il a par la suite accumulé les sessions radios puis les raves aux quatre coins de la ville pour faire grossir son nom.

S’il semble promouvoir consciemment le style « ghetto » qui colle à cette scène, il en va tout autrement de son discours.
Ainsi, il refuse d’utiliser le terme grime, littéralement la crasse, pour qualifier ce courant. Pour lui, il a toujours fait du garage et il ne voit par pourquoi il devrait associe ce qu’il fait à de la saleté. S’il reconnaît que dans les soirées certains MC’s sont facilement amenés à dire n’importe quoi, la situation est en train de changer. Ainsi, lors de sa dernière tournée anglaise il a quitté pour la première fois le circuit des raves pour se produire exclusivement dans des salles de concerts. Cette position inédite où un public éclectique et familial paie, s’assoit et l’écoute fut une expérience profondément marquante qui à renforcer son énergie pour travailler son écriture.

Il a conscience que les kids attachent plus d’importance aux paroles des MC’s qu’aux recommandations de leurs parents. C’est pourquoi, il souhaite contribuer à jouer un rôle éducatif en évoquant ce qu’il a vu et ce qu’il a fait tout en insistant l’importance d’aller à l’école et d’obtenir des qualifications Un discours de grand frère responsable qui prend un sens particulier quand on sait que, délester de son pseudonyme, Carl Nathaniel a été condamné à l’âge de 16 ans à passer deux ans et demi de réclusion. Il est convaincu que cette année sera faite de voyage, c’est tout le mal qu’on lui souhaite.

ESKA MTUNGWAZI

Dans son appartement aux couleurs vives de son bel appartement, la chanteuse Eska est rayonnante pour évoquer l’heureuse orientation qu’a prise sa carrière ces derniers mois. Originaire du Zimbabwe, elle a grandit dans le Sud Est de Londres et, assez curieusement, relève que sa destinée musicale doit beaucoup aux politiques sociales britanniques.

En effet, comme beaucoup d’enfants de sa génération, elle a pu suivre gratuitement des cours de violon et de piano durant toute sa scolarité. Selon elle ces subventions, progressivement démantelées par le gouvernement Tatcher, ont joué un rôle primordial pour ancrer une solide culture musicale au sein des classes populaires.

A ce titre, elle est intarissable lorsqu’elle évoque l’incroyable richesse de la scène jazz et soul londonienne dans laquelle elle a évolué toutes ces dernière années. A l’instar de Michael Olatuja, qui signe la musique de « The Call », cette scène regorge d’artistes talentueux qui restent bien souvent cantonnés aux circuits des jams sessions et de l’autoproduction. Cette distance méfiante vis-à-vis du mainstream et de l’industrie musicale a permis de constituer un biotope qui constitue selon elle, l’authentique underground musical de la ville.

Bien que son background soit essentiellement jazz et soul, son aptitude à marier sa voix à des registres très variés lui a valu d’être invitée à de nombreux projets. Elle a ainsi pu collaborer avec des musiciens aussi divers que Courtney Pine, Lewis Taylor, Damon Albarn, New Sector Movement, ou Nitin Sawhney. Tous s’accordant pour lui reconnaître un talent et un potentiel hors du commun. Cependant, elle concède qu’il lui a fallu pas mal d’années pour acquérir suffisamment de confiance et pour s’entourer des bonnes personnes afin de se lancer en solo.

A ce titre, elle est reconnaissante au rapper de Brixton Ty qui lui a rendu l’inestimable service de lui proposer une place privilégiée dans les concerts qui suivirent la sortie de son album l’an passé. Avec ses sublimes improvisations sur «Look For Me », Eska mettaient inévitablement en état choc quiconque se trouvait dans la salle. Les contrecoups ne tardèrent d’ailleurs pas à se faire ressentir. Invitée à faire sa première apparition solo officielle lors du festival Straight no Chaser au Jazz Café en avril 2004, elle y fit un tabac et fut propulsée au statut de nouvelle diva de la soul anglaise. La machine semble bien lancée et Eska compte bien rester fermement accrochée aux commandes.

Son premier album live « Wishing You Away » doit sortir en avril ou mai prochain. Pour la suite, on n’en sait pas plus car Eska tient à conserver encore le secret. Reste que ses yeux rêveurs laissent présumer du meilleur.



RAS KWAME

Si l’expression « bling bling » est généralement utilisée pour exprimer l’attitude ostentatoire et frimeuse adoptée dans le milieu hip hop. Concernant Ras Kwame, il serait plus approprié d’utiliser la formule « dring dring », tant la sonnerie de son téléphone semble être devenue une partie intégrante de sa personnalité.

De retour à Londres au début des 90’s, après huit ans passé au Gahna, Ras Kwame s’est aussitôt immergé dans le magma musical londonien. Initialement connu en tant que Dj de reggae et de funk, il a été progressivement ammené à démultiplier ses activités. Producteur de UK garage, propriétaire d’un magasin de disques, fondateur de labels, promoteurs de soirées ou encore animateur de shows télévisés, Ras Kwame s’est imposé comme une des personnalité marquante du paysage musical britannique actuel.

A tel point que depuis février, il a été invité par BBC Radio 1 à intégrer le trio d’animateurs qui a la périlleuse mission de reprendre la tranche horaire, et le vide cruel, laissé après la disparition du monumental John Peel.

En effet, c’est grâce surtout à son émission radio « 100% homegrown » sur BBC 1xtra que Ras a confirmé son statut de tastemaker influent. Sa programmation est un relais institutionnel des radios pirates londoniennes et constitue depuis quelques années une plateforme de référence pour la découverte et la promotion des jeunes talents UK. Ras Kwame y propose un line up hétéroclite répondant aux attentes d’un public pointu mais cependant rarement cantonné à un seul style musical.

Selon lui, Londres à cette exceptionnelle singularité qu’il existe une véritable porosité entre les différentes scènes. Les londoniens sont ainsi familiers de cet environnement musical hétéroclite et restent particulièrement réceptifs aux différentes sonorités qui rythment la ville.

Dans le même temps, il remarque que la jeune génération d’artistes et profondément rattachée aux valeurs et aux manières traditionnelles anglaises. Prenant l’exemple du grime, ce courant est composé de trop d’influences pour être réduit à un style ou à un message particulier. Ainsi, s’il fallait ressortir un aspect central, ce serait qu’il exprime musicalement une manière d’être un citoyen britannique en 2005.

C’est cette foi dans le pouvoir intégrateur de la musique qui semble donner son exceptionnelle énergie à Ras et il reste confiant en l’avenir, Jah est à ses côtés.

Fischerspooner : Cute And Past

Paru in Partynews N° 113, 2005

© Joël Vacheron

Après l’engouement suscité par sa première production « #1 » et le retentissement de ses shows spectaculaires, Fischerspooner a contribué à sceller définitivement l’univers allégorique arty et vaguement décadent qui colle à l’electroclash. Le nouvel « Odissey » ouvre de nouvelles pistes au duo américain.


L’aptitude de Fischerspooner à susciter l’unanimité a souvent fait passer le duo américain pour un phénomène culturel, certains allant même jusqu’à affirmer que le duo était la meilleure chose qui soit arrivée à la musique depuis l’invention de l’électricité. Précédés d’une telle réputation, on pourrait facilement imaginer que le deux New Yorkais se soient laissés emporter par les sirènes de la hype.

Warren Fischer et Casey Spooner se montrent au contraire d’une gentillesse et d’une modestie sincère pour évoquer leur démarche artistique et présenter les directions données à leur nouveau projet musical : « Odyssey ». Avec cet album, ils se détachent des tonalités electropop de « #1 » pour évoluer vers un style plus mélodique et instrumental. Inspiré par le rock psychédélique, les classiques de la pop et du rock et par les écrivains romantiques, « Odyssey »se présente comme un voyage intimiste et mélancolique qui nous invite à nous détacher de notre esprit rationnel pour écouter nos émotions.

Manifeste pour une pop hybride

Au tournant du millénaire, absorbé par la vague revival qui caractérisait le son electroclash du moment, Fischerspooner a souvent été considéré comme un pur pastiche de l’esthétique sonore et visuelle des 80s. Cependant, cette interprétation ne tient pas compte de la ligne artistique cohérente et originale que le duo a su imposer depuis sa formation en 1998. En effet, les intentions initiales du duo se situaient plus du côté du théâtre expérimental et de l’art contemporain que de la production musicale proprement dite. En ce sens, le succès de Fischerspooner s’est construit à travers un cheminement quelque peu paradoxal.

Warren et Casey se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants dans une école d’art de Chicago. Se retrouvant à New York quelques années plus tard, ils décident de mettre en place un projet susceptible de mélanger théâtre, image et musique dans même spectacle. Ceci avec comme intention première de dresser des ponts entre la culture d’avant-garde et le mainstream. Selon Casey, ces spectacles visaient à dévoiler les processus de création de l’album et à ainsi « perturber la relation habituellement adoptée dans la pop music entre l’artiste et son public. Nous voulons créer une suspension des croyances liées au star system en fracturant le caractère lisse de cet univers”. Au milieu d’un décor composite et grandiloquent, Casey simule alors grossièrement les chansons de l’album en playback, interpellant régulièrement l’ingénieur pour qu’il arrête le CD afin de pouvoir parler aux danseurs ou se plaindre de la qualité du son. « Le résultat était que bien souvent le public ne savait pas si j’étais en train de jouer la comédie où si j’étais sérieux. Mais je ne pouvais pas être plus direct vis-à-vis du public. Pour moi, ces coupures, cette attitude distante et parfois ironique étaient la manière la plus naturelle de retranscrire les émotions que je ressentais dans ces moments. Je ne pouvais pas être autrement”. Présentés initialement dans un starbuck, ces happenings leur valent rapidement une reconnaissance auprès des milieux artistiques new yorkais. Ils se produisent alors dans un circuit toujours plus vaste de galeries, de musées ou d’événements dédiés à l’art contemporain. Dans cette optique, les musiques électroniques composant « #1 » constituent en quelque sorte la B.O de performances qui ne sont pas destinées initialement au marché musical.

Sorti en très peu d’exemplaires sur un label US le single Emerge devient cependant rapidement un hymne underground et Dj Hell leur ouvre les portes des circuits de la scène electro européenne en les signant sur son label International Dee Jay Gigolo. Par la suite, grâce au succès de « #1 », Fischerspooner se révèle un projet artistique répondant conjointement aux attentes des institutions artistiques, des Dj’s pointus et aux goûts du large public.

L’art de la citation

C’est une démarche quelque peu différente qui prévaut avec « Odyssey » et le duo a par conséquent sensiblement modifié ses méthodes de travail. Dans un premier temps, bien qu’ils envisagent toujours de mettre en place des performances, cette étape est clairement postérieure à l’élaboration du disque : « Nous avons préféré nous concentrer dans un premier temps sur notre album et sur les personnes avec lesquelles nous voulions collaborer. La conception du show viendra plus tard, une seule chose est sûre pour l’instant. Cette fois-ci il y aura des musiciens live». En effet, Warren et Casey ont choisi de se détacher du son purement électronique et « volontairement non organique » qui caractérisait « #1 » pour un son plus chaleureux : « celui que je me souviens d’avoir écouté à la radio quand j’étais enfant», précise Warren, « le son chaud des stations FM 70’s avec des groupes comme Fleetwood Mac, les Beatles ou Pink Floyd ».

Ces quelques noms ne suffisent pas à exprimer le nombre incroyable de références musicales plus ou moins directes qui truffent cette odyssée. Le principe artistique qui prévalait à l’élaboration de leurs environnements visuels composites a ainsi été appliqué dans l’agencement de ce nouvel album. Warren explique que le but de leur démarche « était d’isoler à chaque fois dans des chansons marquantes les idées soniques extrêmes qui permettaient de développer un son différent de tout ce qui avait pu être fait auparavant. Nous avons ensuite tenté de recomposer nos propres compositions à partir de ce matériel. En portant un soin particulier à la production pour que le son corresponde aux critères actuels ».

Pour parvenir à cet objectif, en plus des musiciens de studio, trois producteurs ont posé leurs empreintes. D’une part, Nicolas Verhnes (Fiery Furnaces, Black Dice), « un passionné de musique expérimentale qui fait des réinterprétations bizarres de musique 60’s et qui a passablement influencé l’orientation donnée à cet album ». Tony Hoffer jeune producteur surdoué de Los Angeles (Beck, Air, Phoenix, The Thrills) et Mirwais « qui est venu pour nous donner une dernière dose d’énergie sur la fin, lorsque nous étions épuisés et à court d’idées». Après deux ans de travail intensif, le duo avoue avoir en effet puisé aux limites de son potentiel créatif et physique pour mener à terme cette délicate entreprise : « nous sommes tous les deux devenus un peu fous en faisant cet album » affirme Casey « Nous avions besoin de grandir en tant qu’artistes et pour grandir, il faut changer, le changement n’est jamais facile ». Ces tensions sont souvent retranscrites dans ses paroles inspirées par des écrivains romantiques. Ceux-ci menant, selon lui, « directement à l’idée moderne de la rock star ».

Pour l’occasion, il s’est associé à la chanteuse Linda Perry (ex Four Non Blonde), qui s’est surtout signalée ces dernières années à travers ses textes pour Pink ou Courtney Love. En donnant également son avis sur les compositions et en posant des backings vocals « elle est devenue en quelque sorte le troisième membre du groupe pendant toute cette période de création ». On retrouve également deux invités prestigieux. David Byrne, chanteur des Talking Heads et icône de la scène arty new-yorkaise. Ainsi que l’éminente artiste et écrivain Susan Sontag qui signe les paroles sardoniques et engagées de We Need A War. Casey avoue avoir été profondément marqué par cette brève rencontre : « Ce qui est particulièrement déprimant avec sa disparition, c’est que je pensais réellement avoir trouver un mentor. Je pensais qu’elle allait me donner des conseils pour améliorer mon écriture. Mais en fait, elle nous a proposé un challenge avec cette chanson politique vraiment agressive».

Entourés de ce groupe virtuel, Warren Fischer et Casey Spooner relèvent une fois de plus le défi de créer des ponts entre les cultures pop et arty. Avec leurs compositions d’une implacable efficacité, ils prouvent l’étendue de leur potentiel créatif ainsi que leur étonnante habilité à retranscrire sans prétention une démarche exigeante dans un langage cristallin. C’est là toute la force d’Odyssey qui érige, à partir des multiples citations qui le composent, un univers cohérent inédit, et active subtilement des zones endormies de notre inconscient.

« Odyssey» par Fischerspooner (Capitol – EMI)

L'objet du grime

Publié in Partynews N°111, 2005

© Joël Vacheron

Depuis l’émergence de la drum’n’bass au début des 90’s, aucun style en provenance d’Angleterre n’avait réussi à imposer une empreinte marquante dans le paysage musical international. Durant ces dix dernières années, l’influence britannique en matière de musique a diminué au point qu’en 2003, pour la première fois, les ventes d’artistes américains ont dépassés les productions anglaises. Cette nouvelle largement médiatisée a passablement choqué un pays où la musique est un élément de fierté nationale presque aussi fort que la reine. C’est dans ce contexte un peu fébrile que les anglais ont découvert avec bonheur l’album Boy in da corner de Dizzee Rascal, premier ambassadeur d’un courant d’une ampleur et d’une autonomie hors du commun: le grime.
Visite guidée de l’émergence de cette scène typiquement londonienne en compagnie de Target, dj et producteur du Roll Deep Crew.

Bow, East London: Ce quartier d’habitation populaire est habituellement associé aux règlements de compte des gunmen locaux mais cette vision est sur le point d’être modifiée. En effet, ces « estates » forment l’épicentre d’un séisme musical dont les répercussions vont sans aucun doute se faire ressentir dans les mois à venir. Tous basés dans cette région, les membres de Roll Deep, N.A.S.T.Y, More Fire ou Boyz in da Hood sont tous des superstars embryonnaires de la scène grime. A ce titre, cette appartenance géographique commune est centrale dans l’identité de ce courant. Fidèles à une rigoureuse street mentality, les membres de cette scène se revendiquent plus facilement des quartier, des écoles ou des raves qu’ils ont fréquentés plutôt qu’à leurs origines ethniques.

Wot do u call it ?
Avec ce titre interrogateur sorti en 2003 sur XL records, Wiley se moquaient des dj’s, journalistes et autres commentateurs qui cherchaient absolument à donner un nom au dernier courant qui secoue la scène underground londonienne. Entre substep, sublow ou eski, c’est finalement l’appellation grime qui s’est imposé pour définir cette dernière mutation du breakbeat et de la drum’n’bass. Un choix largement influencé par le succès des soirées mensuelles du même nom organisée par le label Rephlex d’Aphex Twin. Le grime reflète les nuisances sonores de l’environnement urbain. Sonneries de natel, bruits de playstation, klaxons et sirènes sont juxtaposes pour former un univers low tech dissonant et menaçant.

Contrairement aux apparences le hip hop anglais n’a joue aucun rôle dans l’évolution du courant. Pour Target « bien qu’il y’ait actuellement quelque crossovers accidentels, les deux scènes ont évolué complètement séparées l’une de l’autre ». Tous les artistes du grime ont plutôt un background dans la jungle et le UK Garage. A cela s’ajoute une très forte influence du dancehall jamaïcain et du hip hop US dans le style adopté par les mc’s. C’est une des particularité de ce courant dans lequel “les mc’s jouent une place centrale. Tous les morceaux sont construits uniquement dans le but de poser une voix. A la différence de la drum’n’bass et du UK garage, le grime est avant tout un courant qui met en avant les mc’s”.

Wiley est un bon exemple de nouveau statut. Il fut l’un des premiers à produire ses propres morceaux et à composer des lyrics allant au-delà des habituelles exhortations de foules. En 2002, avec des singles comme “know we” ou “eskimo” il effectua également un retour au style plus dark et depouillé qui caractérisait la drum’n’bass du début des années 90. Cette signature est toujours présente dans les productions actuelles et pour Target, elle constitue en quelque sorte “le son du roll deep crew!”. Au-delà des emprunts de style et des revendications de paternité, c’est surtout les étonnants réseaux de promotion et de distribution mis en place par la drum’n’bass et le UK garage qui donnent au grime toute sa force et son originalité.

Rave’n’Radio: Les sounds systems du XXI siecle

Même si le guide du routard n’y fait pas allusion, une des curiosités de Londres est de se promener sur la bande FM. Le nombre de radios pirates y est simplement hallucinant et il n’existe nulle part ailleurs un échantillon aussi vaste des styles hétéroclites qui rythment une ville. A l’instar de Dejavu ou de Freeze, la station Rinse FM est emblématique de l’énorme influence prise par ces medias parallèles. Lancée en 1994 par des passionnés de drum’n’bass, Rinse n’a cessé de croître jusqu’à devenir, dix ans plus tard, une institution de la club culture londonienne. Comme beaucoup de crews d’East London, Roll Deep (initialement appelé Pay as U Go Cartel) y propose un show live quotidien. Des mc’s souvent prépubères ont transformés la station en un terrain de battles verbales chaotiques ouvert 24 sur 24. C’est le lieu idéal pour perfectionner son flow et pour balancer des infos sur les personnalités et l’actualité de la scène. Ils y bénéficient d’une liberté d’expression hors du commun, car “dans les pirates, tu es libre de dire et de faire exactement tout ce qui te passes par l’esprit. Y’a jamais personne pour te censurer ou te donner des ordres”. A terme, il permet également aux plus âgés de dénicher les plus talentueux pour les intégrer dans leur crew.

Sur un plan commercial, les pirates permettent d’obtenir des commentaires des auditeurs pour effectuer des enquêtes de marché d’un genre particulier: “si on joue un morceau est que le téléphone n’arrête pas de sonner, on peut sortir sans aucun problème quelques milliers d’exemplaires. On a pris l’habitude d’avoir toujours ce feedback avant de produire un morceau”. Ainsi, grâce à ces structures parallèles, le son grime a pu se construire totalement à l’écart des réseaux musicaux traditionnels.
Excepte la station BBC 1xtra aucune radio ou télévision mainstream n’avait couvert le phénomène jusqu’aux récents succès de Dizzee Rascal et “sans les pirates personne ou presque n’aurait jamais entendu parler de lui, ni d’aucun autre artiste de la scène grime”.

Ces radios ont également joué un rôle central dans les modifications récentes du nightclubbing de la ville. Couvrant uniquement la scène drum’n’bass à ces débuts, Rinse FM s’est progressivement orientée vers une programmation exclusivement UK garage. Bien qu’il conserve quelque liens avec la drum’n’bass, l’une des particularités du UK garage fut d’intégrer des voix soul sirupeuses empruntées à la house et au garage américains et par conséquent de diminuer la place laissées aux mc’s.
A la fin des années nonante, les raves de UK garage drainaient des dizaines de milliers de clubbers chaque week-end et était devenus mainstream. Cependant, l’escalade de violence dans ces soirées a rapidement incité les clubs officiels à arrêter leur programmation. Les organisateurs préférant les soirées house ou garage pour s’assurer la présence d’une clientèle plus tranquille.

Contrainte de retourner dans les circuits underground, toute une partie du public commença à s’intéresser à des productions plus dures que les mélopées du UK garage. En 2000, les soirées forward>> furent lancées en partenariat avec Rinse FM pour répondre à ces attentes. Ces raves renouèrent avec l’esprit sombre et froid de la drum’n’bass originelle tout en laissant un place centrale aux mc’s les plus populaires de la station. Le succès de cette formule ne se fit pas attendre très longtemps et deux ans plus tard, le grime s’était imposé comme le courant majeur de la scène underground londonienne, propulsant certains mc’s au statut de star.

Keep it real!

Fidèles a leurs années d’apprentissage dans les réseaux musicaux parallèles, ces artistes ne semblent pas prêt de modifier leurs habitudes. Il existe une sorte de respect mutuel avec le public et « tant qu’il reste dans la scène underground un artiste peut faire une longue carrière en vivant tout a fait correctement. Mais si il quitte l’underground et que sa carrière capote, il y’a aucun moyen de revenir en arrière, tu peux être sûr que plus personne ne le soutiendras ». Cette loi du milieu reflète l’esprit de crew d’une scène qui a grandi en élaborant et en suivant ces propres règles. Avec leurs évocations spontanées des vicissitudes de leur vies quotidiennes et leur mentalité diy, ces mc’s pourraient bien constituer la réponse anglaise à l’esthétisation des getthos et aux clichés véhiculés dans les une majeure partie des productions hip hop actuelle.



Informations complémentaires (à intégrer éventuellement)
Le Roll Deep crew est compose de:
Wiley, Brazen, Breeze, Flowdan, Scratchy, Trim, Biggy Pitbul, Riko Danny Weed, Karnage

Sortie de leur album en décembre prochain
Tournée en Suisse mi-janvier.

L'objet du grime

Publié in Partynews N°111, 2005

© Joël Vacheron

Depuis l’émergence de la drum’n’bass au début des 90’s, aucun style en provenance d’Angleterre n’avait réussi à imposer une empreinte marquante dans le paysage musical international. Durant ces dix dernières années, l’influence britannique en matière de musique a diminué au point qu’en 2003, pour la première fois, les ventes d’artistes américains ont dépassés les productions anglaises. Cette nouvelle largement médiatisée a passablement choqué un pays où la musique est un élément de fierté nationale presque aussi fort que la reine. C’est dans ce contexte un peu fébrile que les anglais ont découvert avec bonheur l’album Boy in da corner de Dizzee Rascal, premier ambassadeur d’un courant d’une ampleur et d’une autonomie hors du commun: le grime.
Visite guidée de l’émergence de cette scène typiquement londonienne en compagnie de Target, dj et producteur du Roll Deep Crew.

Bow, East London: Ce quartier d’habitation populaire est habituellement associé aux règlements de compte des gunmen locaux mais cette vision est sur le point d’être modifiée. En effet, ces « estates » forment l’épicentre d’un séisme musical dont les répercussions vont sans aucun doute se faire ressentir dans les mois à venir. Tous basés dans cette région, les membres de Roll Deep, N.A.S.T.Y, More Fire ou Boyz in da Hood sont tous des superstars embryonnaires de la scène grime. A ce titre, cette appartenance géographique commune est centrale dans l’identité de ce courant. Fidèles à une rigoureuse street mentality, les membres de cette scène se revendiquent plus facilement des quartier, des écoles ou des raves qu’ils ont fréquentés plutôt qu’à leurs origines ethniques.

Wot do u call it ?
Avec ce titre interrogateur sorti en 2003 sur XL records, Wiley se moquaient des dj’s, journalistes et autres commentateurs qui cherchaient absolument à donner un nom au dernier courant qui secoue la scène underground londonienne. Entre substep, sublow ou eski, c’est finalement l’appellation grime qui s’est imposé pour définir cette dernière mutation du breakbeat et de la drum’n’bass. Un choix largement influencé par le succès des soirées mensuelles du même nom organisée par le label Rephlex d’Aphex Twin. Le grime reflète les nuisances sonores de l’environnement urbain. Sonneries de natel, bruits de playstation, klaxons et sirènes sont juxtaposes pour former un univers low tech dissonant et menaçant.

Contrairement aux apparences le hip hop anglais n’a joue aucun rôle dans l’évolution du courant. Pour Target « bien qu’il y’ait actuellement quelque crossovers accidentels, les deux scènes ont évolué complètement séparées l’une de l’autre ». Tous les artistes du grime ont plutôt un background dans la jungle et le UK Garage. A cela s’ajoute une très forte influence du dancehall jamaïcain et du hip hop US dans le style adopté par les mc’s. C’est une des particularité de ce courant dans lequel “les mc’s jouent une place centrale. Tous les morceaux sont construits uniquement dans le but de poser une voix. A la différence de la drum’n’bass et du UK garage, le grime est avant tout un courant qui met en avant les mc’s”.

Wiley est un bon exemple de nouveau statut. Il fut l’un des premiers à produire ses propres morceaux et à composer des lyrics allant au-delà des habituelles exhortations de foules. En 2002, avec des singles comme “know we” ou “eskimo” il effectua également un retour au style plus dark et depouillé qui caractérisait la drum’n’bass du début des années 90. Cette signature est toujours présente dans les productions actuelles et pour Target, elle constitue en quelque sorte “le son du roll deep crew!”. Au-delà des emprunts de style et des revendications de paternité, c’est surtout les étonnants réseaux de promotion et de distribution mis en place par la drum’n’bass et le UK garage qui donnent au grime toute sa force et son originalité.

Rave’n’Radio: Les sounds systems du XXI siecle

Même si le guide du routard n’y fait pas allusion, une des curiosités de Londres est de se promener sur la bande FM. Le nombre de radios pirates y est simplement hallucinant et il n’existe nulle part ailleurs un échantillon aussi vaste des styles hétéroclites qui rythment une ville. A l’instar de Dejavu ou de Freeze, la station Rinse FM est emblématique de l’énorme influence prise par ces medias parallèles. Lancée en 1994 par des passionnés de drum’n’bass, Rinse n’a cessé de croître jusqu’à devenir, dix ans plus tard, une institution de la club culture londonienne. Comme beaucoup de crews d’East London, Roll Deep (initialement appelé Pay as U Go Cartel) y propose un show live quotidien. Des mc’s souvent prépubères ont transformés la station en un terrain de battles verbales chaotiques ouvert 24 sur 24. C’est le lieu idéal pour perfectionner son flow et pour balancer des infos sur les personnalités et l’actualité de la scène. Ils y bénéficient d’une liberté d’expression hors du commun, car “dans les pirates, tu es libre de dire et de faire exactement tout ce qui te passes par l’esprit. Y’a jamais personne pour te censurer ou te donner des ordres”. A terme, il permet également aux plus âgés de dénicher les plus talentueux pour les intégrer dans leur crew.

Sur un plan commercial, les pirates permettent d’obtenir des commentaires des auditeurs pour effectuer des enquêtes de marché d’un genre particulier: “si on joue un morceau est que le téléphone n’arrête pas de sonner, on peut sortir sans aucun problème quelques milliers d’exemplaires. On a pris l’habitude d’avoir toujours ce feedback avant de produire un morceau”. Ainsi, grâce à ces structures parallèles, le son grime a pu se construire totalement à l’écart des réseaux musicaux traditionnels.
Excepte la station BBC 1xtra aucune radio ou télévision mainstream n’avait couvert le phénomène jusqu’aux récents succès de Dizzee Rascal et “sans les pirates personne ou presque n’aurait jamais entendu parler de lui, ni d’aucun autre artiste de la scène grime”.

Ces radios ont également joué un rôle central dans les modifications récentes du nightclubbing de la ville. Couvrant uniquement la scène drum’n’bass à ces débuts, Rinse FM s’est progressivement orientée vers une programmation exclusivement UK garage. Bien qu’il conserve quelque liens avec la drum’n’bass, l’une des particularités du UK garage fut d’intégrer des voix soul sirupeuses empruntées à la house et au garage américains et par conséquent de diminuer la place laissées aux mc’s.
A la fin des années nonante, les raves de UK garage drainaient des dizaines de milliers de clubbers chaque week-end et était devenus mainstream. Cependant, l’escalade de violence dans ces soirées a rapidement incité les clubs officiels à arrêter leur programmation. Les organisateurs préférant les soirées house ou garage pour s’assurer la présence d’une clientèle plus tranquille.

Contrainte de retourner dans les circuits underground, toute une partie du public commença à s’intéresser à des productions plus dures que les mélopées du UK garage. En 2000, les soirées forward>> furent lancées en partenariat avec Rinse FM pour répondre à ces attentes. Ces raves renouèrent avec l’esprit sombre et froid de la drum’n’bass originelle tout en laissant un place centrale aux mc’s les plus populaires de la station. Le succès de cette formule ne se fit pas attendre très longtemps et deux ans plus tard, le grime s’était imposé comme le courant majeur de la scène underground londonienne, propulsant certains mc’s au statut de star.

Keep it real!

Fidèles a leurs années d’apprentissage dans les réseaux musicaux parallèles, ces artistes ne semblent pas prêt de modifier leurs habitudes. Il existe une sorte de respect mutuel avec le public et « tant qu’il reste dans la scène underground un artiste peut faire une longue carrière en vivant tout a fait correctement. Mais si il quitte l’underground et que sa carrière capote, il y’a aucun moyen de revenir en arrière, tu peux être sûr que plus personne ne le soutiendras ». Cette loi du milieu reflète l’esprit de crew d’une scène qui a grandi en élaborant et en suivant ces propres règles. Avec leurs évocations spontanées des vicissitudes de leur vies quotidiennes et leur mentalité diy, ces mc’s pourraient bien constituer la réponse anglaise à l’esthétisation des getthos et aux clichés véhiculés dans les une majeure partie des productions hip hop actuelle.



Informations complémentaires (à intégrer éventuellement)
Le Roll Deep crew est compose de:
Wiley, Brazen, Breeze, Flowdan, Scratchy, Trim, Biggy Pitbul, Riko Danny Weed, Karnage

Sortie de leur album en décembre prochain
Tournée en Suisse mi-janvier.

Barber Osgerby : La solution appropriée

Paru in Abstract N°18, été 2005 pp. 76-79

© Joël Vacheron

Lorsqu’on les voit côte-à-côte dans leurs locaux d’un quartier indien d’East London, Edward Barber et Jay Osgerby évoquent immédiatement un duo de compères, dont les caractères parfois antagonistes, parviennent toujours à s’entendre lorsqu’il s’agit de trouver des solutions adéquates. Une complémentarité qui a valu à BarberOsgerby d’être récompensé par le prestigieux Jerwood prize dans la catégorie furniture design.

Leur collaboration débute au milieu des années 90, lorsqu’ils fréquentent tous deux un MA d’architecture au Royal College of Arts de Londres. C’est toutefois à travers le design de mobilier qu’ils se firent d’emblée remarqué. Leur première création, la table Loop, rencontra un large succès dès son lancement en 1997 et constitue jusqu’à ce jour une pièce de référence du mobilier 90’s.

La reconnaissance de cette première production leur offrit également le luxe de pouvoir choisir les clients et constructeurs avec qui ils souhaitaient travailler. Ils purent ainsi collaborer dès leurs débuts avec des compagnies influentes telles que Cappellini, Flos ou Isokon pour lesquelles ils sont encore régulièrement amenés à développer des projets. La Loop Table présente déjà les contours de l’esthétique présente dans leurs productions ultérieures. Des formes très épurées qui permettent, grâce à l’intégration de détails, plusieurs niveaux de lecture et donnent à leurs meubles une dimension sculpturale.

Toutefois, la diversité de leur production ne permet pas de cantonner BarbersOsgerby uniquement dans le domaine exclusif du furniture design. A travers la conception de magasins pour Stella McCartney, l’agencement du bar Pharmacy de Damien Hirst ou leurs collaborations avec des grandes firmes telles que Levi’s ou Coca Cola, ils ont démontré leur indéniable aptitude à pouvoir se diversifier. La création d’Universal Design Studio en 2001, une extension plus orientée dans des projets architecturaux, est significative de cette évolution.

Cette polyvalence constitue le principal atout de la compagnie. Elle est ainsi parvenue en une dizaine d’années à proposer une esthétique étonnamment homogène, sans pour autant suivre une ligne conceptuelle rigoureuse ou tenter de se profiler dans un domaine particulier. Ainsi, ils se montrent quelque peu embarrassés pour définir les postulats esthétiques qui motivent leurs créations et préfèrent insister sur leur positionnement rigoureusement pragmatique : « Bien que nous élaborions différents types de produits, nous appliquons exactement la même logique à tous nos projets. Selon nous, il existe toujours une seule solution appropriée qu’il s’agit à chaque fois de découvrir ». Ils opèrent ainsi un processus de diminution méthodique en deux temps. D’une part, trouver la forme la plus adaptée à la fonction centrale de l’objet et, d’autre part, pousser l’investigation pour que chaque détail réponde à sa fonction minimale.

A titre d’exemples, ils évoquent certaines réalisations qui influencent leur processus créatif. Une carlingue d’avion de chasse, la structure pyramidale d’un mur d’insonorisation, une coque de bateau ou une simple rame illustrent parfaitement selon eux, des formes épurées déterminées essentiellement par des impératifs stricts d’usage et de performance. Ce sont de tels challenges d’épuration sous contrainte qui intéressent le duo et ils se disent beaucoup plus efficaces lorsqu’ils doivent se plier à des paramêtres précis. Une démarche systématique et tâtonnante qui donne, au final, la cohérence et l’étonnante légèreté aux réalisations de BarberOsgerby.